Histoire du Somaliland

Bâtir une nation depuis les ruines

D'une capitale en ruines à une démocratie qui organise des élections libres et des alternances pacifiques : le récit d'une reconstruction accomplie en une décennie, sans aide extérieure massive et sans reconnaissance internationale.

Hargeisa aujourd'hui, capitale reconstruite du Somaliland.
Hargeisa aujourd'hui, capitale reconstruite du Somaliland. — Photo via Wikimedia Commons

Une capitale que certains ont surnommée, par comparaison macabre, le « Dresde de l'Afrique » ; des milices encore lourdement armées ; aucune reconnaissance internationale. C'est de ces ruines que le Somaliland va pourtant bâtir, en quelques années seulement, l'une des démocraties les plus stables de la Corne de l'Afrique.

Repartir de zéro

Au lendemain de la reprise de souveraineté de 1991, la tâche est immense : désarmer des milices claniques encore actives, reconstruire une administration, redonner confiance à une population traumatisée par la guerre. Les premières années sont marquées par des conflits internes sporadiques, notamment autour de Burao et de Berbera, qui menacent à plusieurs reprises de faire replonger le jeune Somaliland dans la violence.

La Conférence de Boorama, 1993

Le tournant survient au début de 1993, quand plus de 2 000 délégués se réunissent à Boorama pour la Conférence des anciens des communautés du Somaliland. Le 3 mai 1993, une assemblée constituante de 150 délégués votants signe la Charte nationale. La conférence donne naissance au Guurti, un conseil des anciens de 82 membres, qui élit à cette occasion le président et le vice-président du Somaliland et rédige deux textes fondateurs : la Charte de la paix, qui organise le désarmement des milices, et la Charte nationale de transition, qui met en place les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

1997 : la paix se consolide à Hargeisa

Les pourparlers de paix se poursuivent jusqu'en 1997, année d'une conférence finale à Hargeisa : davantage de milices acceptent d'y déposer les armes, une constitution provisoire est adoptée, une feuille de route vers des élections multipartites est actée, et un drapeau national est choisi par les représentants réunis.

Des institutions qui tiennent

En 2001, un référendum constitutionnel approuve à une écrasante majorité la constitution rédigée par le Guurti. S'ensuit une succession d'élections locales, législatives et présidentielles jugées, dans l'ensemble, libres, régulières et pacifiques — avec, fait rarissime dans la région, plusieurs alternances où un président sortant cède le pouvoir à un rival vainqueur. Un contraste saisissant avec le chaos qui continue, pendant les mêmes années, de frapper le sud de la Somalie.

Là où le sud sombre dans le chaos, le nord se dote, en une décennie à peine, d'une constitution, d'un parlement et d'élections pacifiques.

Cette stabilité institutionnelle, construite sans aucune aide extérieure massive et sans reconnaissance internationale, deviendra l'argument central que le Somaliland mettra en avant dans sa quête de reconnaissance — le sujet du prochain chapitre.

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