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Dans une tribune adressée au président Abdirahman Abdullahi, Mohamed Ibrahim, homme d’affaires et commentateur politique somalilandais basé à Hargeisa, plaide pour une réforme des nominations ministérielles au Somaliland. Alors que le gouvernement prépare un remaniement, l’auteur souligne l’urgence de privilégier la compétence et l’expérience plutôt que la loyauté politique ou les équilibres d’intérêts pour les postes clés. Il rappelle que les citoyens évalueront de plus en plus l’administration sur ses résultats concrets : efficacité des ministères, amélioration des services publics, gestion responsable des ressources, et capacité à attirer des investissements pour la jeunesse. Une vision ambitieuse, note-t-il, perd de sa valeur si les responsables chargés de sa mise en œuvre manquent des compétences nécessaires, créant un décalage entre les objectifs et la capacité administrative. L’auteur, membre de la diaspora, observe que les bonnes intentions au sommet se heurtent souvent à une exécution inégale sur le terrain. Il insiste sur la nécessité de nommer des ministres dotés d’une combinaison pertinente d’éducation, d’expérience professionnelle, de capacités de gestion et d’un bilan d’accomplissements. Un ministère, rappelle-t-il, n’est pas un trophée politique, mais une institution publique dont la performance impacte directement la vie des citoyens. La loyauté politique ou les liens personnels avec le président ne devraient pas suffire à justifier une nomination, surtout pour des ministères techniques. Mohamed Ibrahim propose d’introduire des entretiens rigoureux pour évaluer les candidats, non pas sur des critères politiques, mais sur leur capacité à assumer les responsabilités du poste. Il suggère de leur demander ce qu’ils ont accompli, leur compréhension du ministère concerné, les changements qu’ils comptent apporter dans les six premiers mois, et comment ils mesureraient leur succès. Une telle approche, bien que ne supprimant pas totalement les nominations politiques, introduirait une dimension de responsabilité dans le processus. L’auteur cite également des recherches du programme *Anti-Corruption Evidence* (GI-ACE) établissant un lien entre le recrutement basé sur le mérite, une motivation accrue, une corruption réduite et une meilleure performance des services publics. Pour le Somaliland, où les ressources sont limitées et les priorités nationales nombreuses, chaque ministère inefficace représente une opportunité perdue. Si l’administration a déjà réalisé une avancée majeure en obtenant la reconnaissance internationale d’Israël, la construction d’un État fonctionnel passe aussi par des institutions performantes. Le Somaliland a besoin de ministères capables de mettre en œuvre des politiques, de fonctionnaires maîtrisant les finances publiques, et de dirigeants compétents dans des secteurs clés comme les infrastructures, l’éducation, la santé ou l’investissement. Enfin, l’auteur souligne que les citoyens doivent percevoir que les nominations sont fondées sur la capacité à accomplir la tâche, et non sur des connexions politiques. Le prochain remaniement offre ainsi une occasion unique d’établir un nouveau standard : choisir des personnes capables de livrer des résultats, de comprendre leurs responsabilités et d’être tenues pour responsables en cas d’échec.
Points clés
- Mohamed Ibrahim appelle le président Abdirahman Abdullahi à privilégier la compétence plutôt que la loyauté politique pour les nominations ministérielles lors du prochain remaniement gouvernemental au Somaliland.
- Il souligne que l’efficacité des ministères, la qualité des services publics et la gestion des ressources dépendent directement des capacités des personnes nommées.
- L’auteur propose d’instaurer des entretiens rigoureux pour évaluer les candidats sur leur expérience, leur compréhension des enjeux ministériels et leur capacité à livrer des résultats mesurables.
- Il rappelle que la reconnaissance internationale, comme celle obtenue d’Israël, ne suffit pas : le Somaliland doit aussi construire des institutions fonctionnelles et performantes.
- Une fonction publique fondée sur le mérite renforcerait la confiance des citoyens, des investisseurs et des partenaires de développement, tout en réduisant la corruption et en améliorant l’efficacité administrative.
Contexte
Le Somaliland, qui a repris sa souveraineté le 18 mai 1991 après l’effondrement du régime de Siad Barre, continue de renforcer ses institutions malgré un statut international encore partiellement reconnu. Depuis décembre 2025, Israël est devenu le premier État membre de l’ONU à reconnaître officiellement le pays, marquant une étape importante dans sa quête de légitimité internationale. Cependant, les défis internes persistent, notamment en matière de gouvernance et de performance administrative. Les remaniements ministériels sont des moments clés pour évaluer la capacité du gouvernement à répondre aux attentes des citoyens, notamment en matière de services publics, de gestion des ressources et de création d’opportunités économiques. La question de la compétence des dirigeants publics est d’autant plus cruciale que le Somaliland, avec des ressources limitées, ne peut se permettre des nominations inefficaces. La diaspora somalilandais, souvent très qualifiée, représente une ressource potentielle, mais son intégration doit se faire sur la base du mérite et non de privilèges automatiques.
Pourquoi c’est important
Cette tribune met en lumière un enjeu fondamental pour le Somaliland : la nécessité de construire des institutions publiques performantes et transparentes. Une fonction publique fondée sur le mérite plutôt que sur le clientélisme politique permettrait non seulement d’améliorer l’efficacité administrative, mais aussi de renforcer la confiance des citoyens, des investisseurs et des partenaires internationaux. Dans un contexte où le pays cherche à consolider sa reconnaissance et à attirer des investissements, la qualité de la gouvernance devient un levier stratégique pour son développement économique et social.
Rappel historique
Contrairement à une idée reçue, le Somaliland n’a pas été créé en 1991 : son statut d’État souverain remonte au 26 juin 1960, jour de son indépendance du Royaume-Uni. Cette souveraineté, acquise de plein droit, n’a jamais été juridiquement effacée par l’union volontaire conclue quelques jours plus tard avec l’ancienne Somalie italienne. En reprenant son autonomie en 1991, le Somaliland a renoué avec un statut d’État de jure qu’il n’avait, en droit, jamais cessé de détenir — même s’il reste aujourd’hui privé d’une pleine reconnaissance internationale.
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