Histoire du Somaliland

Avant Pount : un million d’années de présence humaine sur la terre du Somaliland

Bien avant que le nom de Pount ne soit gravé sur les frises des temples égyptiens, la terre du Somaliland portait déjà les traces d'une humanité en marche. Un million d'années d'histoire silencieuse, inscrite dans la pierre taillée et la roche peinte, ouvre le grand récit de cette nation — et il commence bien plus tôt qu'on ne l'imagine.

L'un des abris peints de Laas Geel, dans la région du Maroodi Jeex, près de Hargeisa.
L'un des abris peints de Laas Geel, dans la région du Maroodi Jeex, près de Hargeisa. — Photo via Wikimedia Commons

Bien avant que le nom de Pount ne soit gravé sur les frises des temples égyptiens, la terre du Somaliland portait déjà les traces d'une humanité en marche. Un million d'années d'histoire silencieuse, inscrite dans la pierre taillée et la roche peinte, ouvre le grand récit de cette nation — et il commence bien plus tôt qu'on ne l'imagine.

Les plus vieux outils de l'Afrique de l'Est

C'est en 1880 que l'explorateur français G. Revoil met au jour, sur le sol du Somaliland actuel, les premiers outils de pierre taillée jamais recensés dans la région — une découverte précoce, antérieure à celle de la plupart des autres pays africains. Quelques années plus tard, l'archéologue H.W. Seton-Karr collecte à son tour une quantité considérable de bifaces le long du Tug Issutugan, dans le nord du pays.

Biface acheuléen (Égypte, Musée Petrie) — photo d'illustration de la tradition d'outils associée à Homo erectus, à laquelle appartiennent les pièces trouvées au Somaliland. Il ne s'agit pas d'un objet somalilandais lui-même.
Biface acheuléen (Égypte, Musée Petrie) — photo d'illustration de la tradition d'outils associée à Homo erectus, à laquelle appartiennent les pièces trouvées au Somaliland. Il ne s'agit pas d'un objet somalilandais lui-même. — Photo via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Ces outils appartiennent à une tradition technique associée à Homo erectus, dont certains exemplaires remonteraient à environ 1,7 million d'années. Il ne s'agit pas encore d'Homo sapiens — les plus anciens fossiles de notre espèce, retrouvés au Maroc, datent d'environ 315 000 ans — mais d'une présence humaine continue, sur cette même terre, depuis une profondeur de temps que peu de régions du monde peuvent revendiquer. Le Somaliland s'inscrit ainsi directement dans le grand récit de l'Afrique de l'Est comme berceau de l'humanité.

Cette terre a porté une présence humaine ininterrompue depuis plus d'un million d'années.

Laas Geel : la mémoire peinte d'un peuple pasteur

Il faut ensuite avancer de plus d'un million d'années pour atteindre le second grand jalon de cette préhistoire : Laas Geel. Nichés à 55 kilomètres au nord-est de Hargeisa, une vingtaine d'abris sous roche dissimulaient un trésor que les habitants de la région connaissaient depuis toujours, mais évitaient par superstition. Il faudra attendre 2002 et une équipe française dirigée par l'archéologue Xavier Gutherz pour que le site révèle enfin sa valeur au monde.

Une figure humaine face à un bovin cérémoniel — une des scènes peintes de Laas Geel, vieille de 4 500 à 5 500 ans.
Une figure humaine face à un bovin cérémoniel — une des scènes peintes de Laas Geel, vieille de 4 500 à 5 500 ans. — Photo via Wikimedia Commons

Dans la grotte principale, près de 350 peintures ornent parois et plafonds. Datées d'environ 5 500 à 4 500 ans, elles comptent parmi les mieux conservées de tout le continent africain. On y voit des bovins parés de robes cérémonielles, des scènes de vie pastorale, des chiens, des girafes, des antilopes — un témoignage parmi les plus anciens connus de la domestication du bétail dans la Corne de l'Afrique. Ces images ne sont pas de simples dessins : elles racontent déjà une société organisée, capable de rituel, de symbole et de mémoire.

Un point de départ, pas un vide

Trop souvent, l'histoire du Somaliland est racontée comme si elle commençait avec la colonisation, ou au mieux avec l'Antiquité. Les outils de pierre de Seton-Karr et les fresques de Laas Geel disent le contraire : cette terre a porté une présence humaine ininterrompue depuis plus d'un million d'années, et une civilisation pastorale déjà raffinée depuis cinq millénaires.

C'est sur ce socle immense que naîtra, quelques siècles plus tard, la légendaire Terre de Pount — premier grand chapitre de notre récit.

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