Histoire du Somaliland

L’union déçue et la répression

Un référendum rejeté, une tentative de coup d'État, puis, en 1988, la destruction quasi totale de Hargeisa par son propre gouvernement : le récit de la désillusion qui a rendu, pour toute une génération, le retour à l'union impensable.

Le mémorial de guerre de Hargeisa, surmonté d'un avion de chasse MiG abattu — un monument moderne (photographié en 2012), érigé en mémoire des destructions de 1988, et non une image d'époque.
Le mémorial de guerre de Hargeisa, surmonté d'un avion de chasse MiG abattu — un monument moderne (photographié en 2012), érigé en mémoire des destructions de 1988, et non une image d'époque. — Photo via Wikimedia Commons

L'union voulue en 1960 tourne vite au désenchantement. En un peu moins de trente ans, le nord passe du statut de partenaire volontaire à celui de région réprimée par son propre gouvernement — jusqu'à la destruction quasi totale de sa capitale.

Un vote qui dit non

Dès juin 1961, la population du nord est appelée à se prononcer par référendum sur la nouvelle constitution de la République somalie. Plus de 60 % des électeurs de l'ancien protectorat la rejettent, et le principal parti politique du nord, la Somali National League, boycotte purement et simplement le scrutin. Le message est sans ambiguïté : l'union, telle qu'elle a été conduite, ne convainc pas.

La révolte de décembre 1961

Quelques mois plus tard, en décembre 1961, un groupe de jeunes officiers originaires du nord tente un coup d'État pour restaurer la souveraineté de l'ancien État du Somaliland. La tentative échoue, mais son épilogue judiciaire est révélateur : traduits devant un juge britannique à Mogadiscio, les officiers sont acquittés — le magistrat estime qu'ils n'avaient en réalité jamais prêté serment à un pays appelé « République somalie », faute d'acte d'union juridiquement valide.

De la marginalisation à la répression

Le coup d'État de Siad Barre en 1969 accélère encore la centralisation du pouvoir à Mogadiscio. Les décennies suivantes voient le nord s'enfoncer dans la marginalisation économique et politique. En avril 1981, un groupe d'exilés somalilandais de la communauté Isaaq, réunis à Londres, fonde le Mouvement national somali (SNM), avec l'objectif déclaré de renverser le régime de Barre dans le nord. Dès 1982, le SNM installe son quartier général en Éthiopie voisine, à Dire Dawa, d'où il mène ses opérations.

1988 : la destruction de Hargeisa et Burao

Le 29 mai 1988, le SNM entre dans Hargeisa et en prend le contrôle presque total. La riposte du régime de Siad Barre est d'une violence inouïe : bombardements aériens et offensives terrestres visent sans distinction les populations civiles de Hargeisa et de Burao. Le bilan reste, aujourd'hui encore, difficile à établir avec précision — les estimations vont de 10 000 à 20 000 morts, et environ 500 000 personnes déplacées. Environ 90 % de Hargeisa et 70 % de Burao sont détruits.

Une capitale rasée par son propre gouvernement — c'est de ces ruines que renaîtra, trois ans plus tard, la souveraineté du Somaliland.

Ce sera l'un des épisodes les plus sombres de toute l'histoire de la région — et le point de bascule qui rend, pour beaucoup de Somalilandais, toute idée de retour à l'union définitivement impossible.

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