Histoire du Somaliland

La bataille pour son siège aux Nations Unies

Un rapport de l'Union africaine resté sans suite, un blocage systématique de la Somalie : trois décennies après sa reprise de souveraineté, le Somaliland reste absent des Nations unies — malgré une gouvernance que peu d'États voisins peuvent revendiquer.

Vue aérienne de Hargeisa — un État qui administre, juge et protège son territoire, mais reste sans siège à l'ONU.
Vue aérienne de Hargeisa — un État qui administre, juge et protège son territoire, mais reste sans siège à l'ONU. — Photo via Wikimedia Commons

Trente ans de paix, une démocratie qui fonctionne, une économie qui se développe — et pourtant, aucun siège à l'ONU. Depuis trois décennies, le Somaliland se heurte à un obstacle que ni sa stabilité ni sa gouvernance ne suffisent à lever : le veto diplomatique de son voisin du sud.

Un rapport de l'Union africaine resté sans suite

En 2005, l'Union africaine dépêche au Somaliland une mission d'enquête chargée d'évaluer sa demande de reconnaissance. Le rapport qui en résulte est, de l'avis même des autorités somalilandaises, remarquablement favorable : il relève que l'union de 1960 avec la Somalie italienne n'a jamais été correctement ratifiée sur le plan juridique, et qualifie le cas du Somaliland de « unique et historiquement justifié » dans l'histoire politique africaine. Malgré ce constat, aucune décision formelle de reconnaissance n'a jamais suivi — le rapport reste, à ce jour, sans traduction concrète.

Le blocage de la Somalie

Le principal obstacle reste diplomatique et procédural : la Somalie continue de revendiquer le Somaliland comme partie intégrante de son territoire national, et s'oppose systématiquement à toute démarche de reconnaissance internationale ou d'adhésion aux instances multilatérales. Or l'admission d'un nouvel État aux Nations unies suppose, dans la pratique, un degré de reconnaissance internationale qu'aucun État ne peut atteindre seul face à l'opposition active de l'État dont il s'est séparé.

Une exclusion qui a un coût

Cette absence de statut international ne prive pas seulement le Somaliland d'un siège symbolique à New York : elle lui ferme aussi l'accès direct aux financements du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, ainsi qu'aux fonds climatiques et de développement gérés par les agences onusiennes — des ressources dont bénéficient, elles, la quasi-totalité des États voisins, y compris ceux qui connaissent une instabilité bien plus grande.

Un État qui vote, qui juge, qui administre et qui protège ses frontières — mais qui reste, aux yeux des Nations unies, invisible.

C'est dans ce contexte de reconnaissance partielle et de blocage institutionnel que le Somaliland doit aujourd'hui tracer sa voie — en misant, comme le montre le dernier chapitre de ce récit, sur ses propres atouts économiques et stratégiques.

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