Pendant plus de mille ans, les pharaons d'Égypte ont envoyé leurs flottes vers une contrée qu'ils appelaient la « Terre du Dieu » — un pays d'or, d'encens et de merveilles. De plus en plus d'indices archéologiques désignent les côtes de l'actuel Somaliland comme l'un des principaux candidats à son emplacement.

Pendant plus de mille ans, les pharaons d'Égypte ont envoyé leurs flottes vers une contrée qu'ils appelaient la « Terre du Dieu » — un pays d'or, d'encens et de merveilles. De plus en plus d'indices archéologiques désignent aujourd'hui les côtes de l'actuel Somaliland comme l'un des principaux candidats à son emplacement.
Le pays que l'Égypte appelait la « Terre du Dieu »
Dès l'Ancien Empire, vers 2500 avant notre ère, les textes égyptiens mentionnent un pays lointain nommé Pount — « Ta netjer », la Terre du Dieu. Ce n'est pas un partenaire commercial ordinaire : dans l'imaginaire égyptien, Pount est un lieu presque sacré, associé à l'origine des dieux eux-mêmes, et le fournisseur de ce que l'Égypte pharaonique considère comme ses biens les plus précieux.
Les merveilles du Pays du Dieu furent apportées au roi d'Égypte.
Inscription du temple de Deir el-Bahari, vers 1470 av. J.-C.
L'expédition de la reine Hatshepsout
Le témoignage le plus spectaculaire de ce commerce nous vient du règne d'Hatshepsout (1479-1458 av. J.-C.), l'une des rares femmes pharaons d'Égypte. Sur les murs de son temple funéraire de Deir el-Bahari, découverts en 1858 par l'archéologue Auguste Mariette, une série de reliefs raconte en détail une expédition maritime vers Pount : cinq navires traversant la mer Rouge, l'accueil par le souverain de Pount et son épouse — la célèbre « reine Ati », représentée avec un réalisme saisissant —, puis le chargement des navires pour le retour.

Les Égyptiens en rapportent de l'or, de l'ébène, de l'ivoire, des animaux exotiques et, surtout, des arbres à encens entiers, racines incluses, plantés ensuite dans la cour du temple d'Hatshepsout — sans doute l'une des premières tentatives documentées de transplantation d'arbres sur une aussi longue distance dans l'histoire humaine.
Où se trouvait Pount ? Les indices pointent vers ici
L'emplacement exact de Pount a fait débat parmi les égyptologues pendant plus d'un siècle, entre l'Arabie, le Soudan et la Corne de l'Afrique. Les recherches récentes — dont l'analyse isotopique de momies de babouins rapportés de Pount, conservées dans des collections égyptiennes — orientent de plus en plus vers la Corne de l'Afrique, et plus précisément vers la côte du Somaliland actuel. Des sites comme Zeila y ont livré des poteries et des matériaux qui montrent une continuité avec le commerce décrit dans les textes égyptiens.

Il faut rester honnête sur l'incertitude qui demeure : Zeila elle-même n'apparaît sous son propre nom dans les sources écrites qu'au IXe siècle de notre ère, sous la plume du géographe al-Yaqubi, qui la décrit déjà comme un port indépendant exportant cuir, encens et ambre vers la mer Rouge — bien après l'époque d'Hatshepsout. Mais la continuité archéologique et la permanence, sur des millénaires, du même commerce de résines aromatiques le long de cette côte en font l'un des candidats les plus sérieux à l'héritage de Pount.
Un commerce qui a duré des millénaires
Bien après les pharaons, cette même côte continuera d'exporter encens et myrrhe — vers Rome, vers l'Arabie, vers l'Inde. Un commerce qui ne s'est jamais vraiment interrompu, simplement transformé au fil des empires qui se sont succédé autour de l'océan Indien et de la mer Rouge.
De ce commerce antique naîtront, des siècles plus tard, les sultanats qui feront du Somaliland un carrefour de l'âge d'or islamique — deuxième chapitre de notre récit.